Carburants : face à la flambée du pétrole, des mesures pour tenter de faire baisser les prix


17 mars 2026 - 231 vues

Carburants : face à la flambée du pétrole, des mesures pour tenter de faire baisser les prix.  

Depuis plusieurs jours, une hausse du prix des carburants est observée dans les différentes stations du département de la Meuse, mais aussi plus largement partout en France.

Prix moyen des carburants en France aujourd'hui modif.png (48 KB)

En cause : la flambée des cours du pétrole, qui dépassaient les 100 dollars le baril ce 17 mars en soirée. Cette hausse s’explique notamment par les tensions internationales, en particulier le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran et la guerre au Moyen-Orient, deux événements qui perturbent fortement l’approvisionnement mondial en pétrole.

Face à cette situation, plusieurs pays se sont mobilisés pour tenter de stabiliser les marchés. La France a ainsi organisé plusieurs réunions du G7 consacrées aux finances, à l’énergie et aux chefs d’État. L’objectif : coordonner une réponse internationale afin d’éviter une flambée durable des prix de l’énergie.

En lien avec l’Agence internationale de l'énergie, les pays participants ont décidé en milieu de semaine dernière de libérer jusqu’à 400 millions de barils de pétrole issus des stocks stratégiques (soit l'équivalent de 20 jours du transport pétrolier du détroit d'Ormuz) afin d’augmenter l’offre mondiale et tenter de calmer les marchés.

Parallèlement, les distributeurs de carburants ont été réunis ce 12 mars afin d’accélérer la répercussion de l’évolution des cours sur les prix à la pompe. Certaines enseignes comme E.Leclerc et Système U ont ainsi annoncé des baisses progressive et provisoires de prix allant de 10 à 30 centimes par litre.

Sur le terrain, la situation est tout autre entre les annonces et la réalité (pour le moment), comme par exemple à la station service de E Leclerc de Bar-le-Duc, une baisse du Gazoil a été effectivement observée depuis le 12 mars dernier,  (soit légèrement en dessous de la barre des 2 euros), mais bien loin d'une baisse de 20 ou 30 centimes à ce stade. Cependant, le prix est reparti à la hausse ces dernières heures, le prix repasse légérement au-dessus de la barre des 2 euros.

De son côté, le groupe TotalEnergies a annoncé un plafonnement du prix de l’essence à 1,99 € par litre et du diesel à 2,09 € par litre à partir du 13 mars et jusqu’à la fin du mois de mars dans ses stations françaises. Cette mesure concernera notamment 1 830 stations du réseau TotalEnergies en France pour le diesel. Elle s’appliquera dans l’ensemble des stations du groupe sur le territoire métropolitain, y compris sur les autoroutes et dans les zones rurales. Par ailleurs, les clients électricité et gaz de TotalEnergies inscrits à « l’avantage carburant » bénéficieront d’un plafond privilégié à 1,99 euro par litre, quel que soit le carburant, pour toute l’année 2026. Ces différentes mesures doivent entrer en vigueur à partir du 13 mars. Le groupe indique toutefois qu’il réévaluera la situation du marché pétrolier mondial au début du mois d’avril.

Comment se compose réellement le prix du carburant ?

Le prix d’un litre de carburant résulte de plusieurs éléments. Selon le ministère de l’Économie, un peu plus de la moitié du prix (environ 55 %) correspond aux taxes (Part Fixe), principalement la TVA et l’accise sur les produits pétroliers, l’ancienne TICPE.

Le reste du prix se répartit entre :

- 30 à 45 % pour le coût de production, qui comprend le prix du pétrole brut et le raffinage (Part variable) ; 

- 15 à 20 % pour la distribution, incluant le transport, le stockage et la marge des stations-service (Par Variable).

(Infographie NR - Informations du 27 février 2026)

La principale taxe, l’ancienne TICPE, dépend du volume de carburant consommé et non du prix du pétrole. Le ministère de l’Économie souligne ainsi que l’État ne profite pas directement de la hausse du prix du carburant, contrairement à une idée souvent répandue.

Selon l’Union des Importateurs Indépendants Pétroliers, qui regroupe les filiales carburants de la grande distribution, les prix à la pompe dépendent directement des cotations internationales des produits raffinés. Les distributeurs, situés en bout de chaîne, appliquent généralement des marges très faibles, le carburant étant souvent utilisé comme produit d’appel pour attirer les consommateurs.

L’organisation rappelle également que les enseignes de grande distribution représentent près de la moitié des stations-service françaises et ont dû faire face début mars à une consommation exceptionnelle. En seulement quatre jours, les Français ont consommé l’équivalent de dix jours de carburant, mettant fortement sous tension les stocks.

“L’État s’en met plein les poches” : une idée à nuancer

Avec environ 55 % du prix du carburant constitué de taxes, beaucoup de consommateurs ont le sentiment que l’État profite de la situation.

La réalité est plus nuancée. Certes, les carburants constituent une source importante de recettes fiscales, mais une hausse des prix entraîne généralement une baisse de la consommation (de nos achats) à l'échelle du pays. Or moins de consommation signifie aussi moins de recettes fiscales pour l’État et peut également peser sur l’activité économique globale (Baisse de la croissance).

Autrement dit, un carburant trop cher peut freiner la consommation, les déplacements et donc la croissance économique, ce qui limite les bénéfices pour les finances publiques.

Une réduction d’un centime de taxe sur les carburants coûterait entre 300 et 500 millions d’euros à l’État. Une somme importante qu’il faudrait compenser ailleurs dans le budget public. Une directive européenne de 2006 interdit aux États membres de baisser la TVA sur la plupart des produits, dont les carburants. Les marges de manoeuvre sont donc faibles dans un contexte de dette pour l'Etat. 

Agriculteurs et pêcheurs également touchés

La flambée des prix de l’énergie inquiète aussi fortement le monde agricole et les professionnels de la pêche, très dépendants du carburant pour leurs activités.

Lors d’une réunion le 12 mars, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a indiqué que le prix du gazole non routier (GNR), utilisé notamment pour les tracteurs et les machines agricoles, est passé de 1,28 € à 1,71 € par litre.

Dans le même temps, le prix des engrais a également augmenté, passant de 450 euros la tonne à plus de 510 euros. Une hausse qui pèse directement sur les coûts de production des exploitations.

Réaction de Xavier Arnoud, président de la FDSEA de la Meuse:

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Pour les agriculteurs comme pour les pêcheurs, ces augmentations successives s’ajoutent à un contexte déjà difficile marqué par la volatilité des marchés et la hausse des charges. Beaucoup craignent que la flambée des prix de l’énergie ne fragilise davantage encore leurs activités dans les mois à venir.

D’autres produits pourraient aussi augmenter

Les tensions sur le pétrole pourraient également avoir des conséquences sur d’autres secteurs de l’économie. En effet, le pétrole entre dans la fabrication de nombreux produits du quotidien.

Avec les tensions autour du détroit d’Ormuz, plusieurs produits pourraient voir leurs prix augmenter dans les prochaines semaines, notamment :

- les pneus,

- certains plastiques,

- les emballages

mais aussi certains produits alimentaires comme les pâtes, dont la production dépend en partie des engrais et de l’énergie.

La situation française est moins "préoccupante" que sur le continent asiatique où certains pays ont de réelles difficultés d'approvisionnement (ils dépendent de façon plus importante du pétrole du Moyen-Orient) et sont parfois obligés de rationner les carburants. Dans ce contexte d’incertitude géopolitique et économique, l’évolution du prix du pétrole ainsi que son approvisionnement dans les prochaines semaines sera déterminante pour l’ensemble de l’économie… et pour le portefeuille !

Photo: Engin_Akyurt